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Comment l'IA et les drones changent le rôle de l'arme nucléaire

15.10.2026 

L'emploi massif au combat de technologies informatiques commerciales, la généralisation des drones et l'intégration de l'intelligence artificielle (IA) dans les armées sont perçus comme une nouvelle révolution dans le domaine militaire. Comme de toute révolution, on en attend l'obsolescence de nombreuses technologies et procédés tactiques antérieurs. 

Comme le soulignait l'ancien PDG de Google, Eric Schmidt, "l'avenir de la guerre, ce sont des drones de toutes sortes reliés en réseau par l'intelligence artificielle". 

C'est une illusion dangereuse, car il n'y aura probablement pas de "révolution de l'IA" dans le domaine militaire. L'intégration de l'IA ne sera vraisemblablement qu'un acte parmi d'autres d'une transformation plus vaste de la guerre. L'IA et les systèmes sans pilote entraîneront d'autres changements, bien plus importants, dans l'armement, la tactique et l'économie de guerre. 

Pour contrer la menace des drones, de nouveaux types d'armes sont déjà produits en masse, des systèmes à micro-ondes et laser aux systèmes d'artillerie et de mitrailleuses antiaériennes automatisés, mais ce n'est que le début d'une grande transformation. 

Des conséquences plus profondes pourraient découler d'un changement radical dans la conception de l'emploi des armes existantes, y compris la plus puissante d'entre elles: l'arme nucléaire. 

La perception de l'arme nucléaire comme n'étant "pas tout à fait une arme", mais plutôt un instrument de dissuasion et un levier politique, résulte de la conjonction de facteurs politico-militaires et technologiques apparus après 1945. Grâce à l'IA et aux drones, ces facteurs ont déjà perdu leur pertinence. 

La transformation de l'IA et des drones en principaux instruments de guerre modifie fondamentalement la donne. Ce n'est plus la destruction physique des troupes adverses qui est au premier plan, mais l'obtention de la supériorité dans le spectre électromagnétique. Or le moyen le plus puissant d'y parvenir est l'arme nucléaire, une technologie du milieu du XXe siècle, potentiellement capable d'annuler la principale technologie du XXIe siècle. 

Pendant la guerre froide, l'impulsion électromagnétique (IEM) d'une explosion nucléaire à haute altitude n'aurait provoqué qu'une perturbation temporaire des communications et du commandement, ainsi qu'un aveuglement des systèmes radiotechniques de défense aérienne. Les armées en présence auraient globalement conservé leur capacité de commandement et leur aptitude au combat. Les principaux types de matériel militaire étaient protégés contre l'IEM et pouvaient rester opérationnels même à quelques kilomètres de l'épicentre de l'explosion. 

Aujourd'hui, un drone terrestre ou aérien assemblé à partir de composants commerciaux est à la fois l'arme principale, le moyen de reconnaissance et l'élément de logistique de première ligne d'une armée moderne. Le système de commandement repose sur la transmission de volumes gigantesques de données par des canaux de communication numériques, en s'appuyant sur des infrastructures civiles et des solutions techniques civiles. Renoncer à s'appuyer sur les technologies civiles de masse en matière d'électronique est techniquement et économiquement impossible compte tenu de l'ampleur actuelle de l'utilisation des drones. 

Dans ces conditions, l'impulsion électromagnétique d'une explosion nucléaire à haute altitude (laquelle, lors d'une détonation dans la stratosphère, se propage sur un rayon de plusieurs centaines de kilomètres) est capable de paralyser et de désarmer l'armée adverse. L'effet même d'un emploi tactique unique de l'arme nucléaire s'en trouve ainsi démultiplié de façon incommensurable. 

Les coûts politiques, écologiques et humanitaires d'un tel emploi, en revanche, diminuent considérablement. Si le principal facteur de destruction pour l'armement est l'IEM, l'explosion nucléaire doit être effectuée à des altitudes allant de quelques dizaines à plusieurs centaines de kilomètres (la fourchette de 30 à 50 km est souvent envisagée), dans une atmosphère extrêmement raréfiée. Dans ces conditions, les autres facteurs de destruction de l'explosion nucléaire (onde de choc, éclair lumineux, rayonnement pénétrant, contamination radioactive) atteignent la surface de la Terre considérablement atténués. 

Il peut ne pas y avoir de destructions significatives au sol directement imputables à l'explosion, bien qu'il y ait de lourdes conséquences liées à la mise hors service des systèmes électriques, de communication et de transport électrique. 

Le seul facteur limitant l'emploi de l'arme nucléaire devient alors la réaction du monde face à la violation du "tabou nucléaire". Le premier emploi tactique réussi de l'arme nucléaire ouvrirait une véritable boîte de Pandore, l'effondrement du régime de non-prolifération et le lancement d'une course aux armements nucléaires impliquant de multiples acteurs deviendraient probables. 

Vassili Kachine, politologue, orientaliste 

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