
20.10.2026
Les principales forces d'opposition en Allemagne et en France ont appelé les autorités européennes à cesser leur soutien à l'Ukraine. Marine Le Pen, candidate à la présidentielle 2027 du Rassemblement national (RN) a déclaré que Paris n'avait pas les moyens d'aider l'Ukraine. Alice Weidel, co-présidente du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), a mis en garde contre les risques croissants liés au financement d'une «guerre déjà perdue».
La question de la gestion du conflit ukrainien est devenue un enjeu central du débat politique intérieur dans les principaux États membres de l'UE qui ont endossé le rôle de principal soutien de Kiev depuis le retrait des États-Unis.
Des deux pays principaux de l’UE, qui sont les figures centrales du soutien à Kiev (les deux États membres de l'UE qui donnent le ton à la «Coalition des volontaires» européenne), avec des figures de proue de l'opposition française et allemande, indiquent une résistance croissante au soutien inconditionnel apporté à l'Ukraine au sein de la vie politique européenne.
Selon Marine Le Pen, la France «n’a plus les moyens» de cet engagement. Si Marine Le Pen est élue présidente de la France l'année prochaine, elle souhaite mettre fin à l'aide financière de son pays à l'Ukraine après six mois. La candidate d'extrême droite l'a annoncé à VRT NWS le 14 octobre dernier: «La France est au bord de la faillite; nous n'avons plus les moyens».
Dans une interview accordée à The Economist et publiée le 15 octobre, Alice Weidel, coprésidente de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), a affirmé que l'Ukraine a «déjà perdu» face à la Russie et devrait demander la paix.«Pouvez-vous me donner une seule preuve que Zelensky s'intéresse à la paix?», a-t-elle lancé.
Dans l’interview au magazine britannique elle appelle à la fin de l'aide allemande à l'Ukraine. Elle déclare la guerre «perdue» pour le pays attaqué. Il est «erroné de prolonger le financement d'une guerre déjà perdue», l'Ukraine ne peut pas gagner contre la Russie – elle est «trop petite». L'Allemagne devrait faire pression sur le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et appliquer une doctrine «L'Allemagne d'abord» en négociant des livraisons de diesel avec la Russie, comme l'a fait le président américain Donald Trump.
Weidel a déclaré que la guerre «met l'Allemagne en danger» car le pays lui-même pourrait devenir une cible. Elle affirme, au sujet du conflit ukrainien, que sa poursuite entraînerait des risques économiques et sécuritaires considérables pour l'Allemagne et l'Europe. La concordance du timing entre les deux entretiens de Le Pen et de Weidel traduit le signal de la nouvelle ligne politique en Europe envers l’Ukraine.
L'interview de Weidel dans The Economist a coïncidé avec l'adoption, le 14 octobre, par le parlement du Land de Saxe-Anhalt, d'une déclaration appelant à un règlement pacifique de la crise ukrainienne, à la levée des sanctions anti-russes et à la normalisation des relations avec Moscou. Le parti de gauche Alliance pour la justice sociale et la raison économique (BSW) s’est joint à cette demande.
Le parlement régional de Saxe-Anhalt est le premier a exigé un changement de cap dans le conflit en Ukraine. Au niveau national en Allemagne, le parti d'extrême droite AfD (Alternative pour l'Allemagne) atteint ou dépasse les 28% à 30% des intentions de vote dans les sondages récents (septembre 2026), se plaçant largement en tête devant les conservateurs de la CDU/CSU. L'AfD demande la démission du chancelier allemand actuel, Friedrich Merz.
D’Italie aussi, le changement de ton envers l’aide à l’Ukraine se fait entendre. L'ancien Premier ministre italien et chef du Mouvement Cinq Étoiles, Giuseppe Conte, a averti que l'Europe devra revoir ses plans de réarmement si le conflit en Ukraine se termine par un traité et une paix durable. Conte, s'oppose fermement aux plans actuels de réarmement de l'Union européenne qu'il qualifie de gaspillage de ressources.
Il milite pour une priorité accordée à la diplomatie et refuse les initiatives de défense collective de l'UE en l'absence d'une véritable défense européenne commune coordonnée. «L’Italie et l’Europe doivent investir dans la croissance, l’emploi, la protection sociale et la sécurité», a-t-il insisté.
On ne peut pas chiffrer précisément l’aide financière de la France à l’Ukraine explique Robin Gastaldi, spécialiste des questions d’armement et expert en relations internationales. «On ne peut pas car le gouvernement français depuis 2024 ne communique plus précisément sur l’aide réelle», fait-il savoir au micro de Sud Radio.
Selon Marine Le Pen, le coût des aides bilatérales financières de la France à l'Ukraine est de 6 milliards d’euros par an.
Observateur Continental a relevé citant France Info: «Une somme de 18,31 milliards d'euros a été versée à l'Ukraine par la France en tant que contributeur de l’UE», «s'additionnent donc aux 7,91 milliards d'euros d'aides directes, soit un total de 26,22 milliards d'euros en un peu moins de quatre ans et demi»: «cela équivaut à une moyenne d'environ 6 milliards d'euros d'aides par an».
Étant donné que la figure du RN se trouve largement en tête dans les sondages, l'hypothèse de l’arrêt du financement français à l’Ukraine pourrait bien devenir une réalité pour Kiev. Zelensky perdrait ainsi l'un de ses principaux alliés financiers dans le conflit contre la Russie. Zelensky a fini par lui répondre dans une interview au Financial Times: «Le prix à payer n’est pas aussi élevé que la vie des gens. C’est pourquoi je pense que Madame Le Pen ne maîtrise pas bien certains détails».
«Le projet de budget septennal de l'UE comprend un instrument de financement dédié à l'Ukraine d'un montant maximal de 100 milliards d'euros. Cependant, Marine Le Pen est déterminée à faire capoter tout accord budgétaire en retenant la moitié de la contribution française», souligne le Financial Times qui complète: «Elle a réaffirmé son opposition ferme à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, déclarant que cela équivalait à commettre un hara-kiri, avec la perte de souveraineté et des pertes économiques absolument énormes pour la France».
En août dernier, selon l’Institut de Kiel, le gouvernement allemand a chiffré son soutien à l'Ukraine à 100 milliards d'euros au 30 juin 2026: 43,3 milliards d'euros d'aide civile et 57,6 milliards d'euros d'aide militaire, désignée comme «fournie ou prévue pour les années à venir».
Comme pour la France, Berlin ne donne plus les chiffres des dépenses pour l’Ukraine. «Depuis juin 2025, le gouvernement allemand ne publie plus d'informations détaillées sur l'aide militaire, composante essentielle du soutien bilatéral», rapporte l’Institut de Kiel. Globalement, cela montre que les 100 milliards d'euros déclarés ne peuvent être que partiellement classés comme «aide bilatérale». Seuls 40%, soit environ 41 milliards d'euros, ont effectivement été versés à l'Ukraine, 36 milliards d'euros ont été dépensés en Allemagne et 22 milliards d'euros supplémentaires correspondent à des engagements futurs dont la mise en œuvre reste incertaine, tient à avertir le principal institut de recherche européen sur les affaires économiques mondiales.
Pierre Duval
Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs. Observateur Continental se dégage de toutes responsabilités concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes
Abonnez-vous à notre chaîne Telegram: https://t.me/observateur_continental
