
23.10.2026
L'Europe cherche son principal négociateur sur l'Ukraine avec le président russe, Vladimir Poutine. Les figures politiques, qui représentent aujourd’hui l’UE, sont tombées en disgrâce et elles n’ont pas le niveau politique, stratégique, ni les compétences simplement humaines, pour mener des négociations stables et solides et sérieuses avec Moscou. La «bulle bruxelloise» réalise que les protocoles de l’UE ne fonctionnent plus.
Les gouvernements européens prennent de plus en plus conscience qu’ils ont besoin d’un canal direct avec Vladimir Poutine pour parvenir à un règlement pacifique en Ukraine. La difficulté réside dans le choix de la personne pour assumer ce rôle. Parmi les candidats figurent Ursula von der Leyen, António Costa et Kaja Kallas. Mais, selon le président tchèque Petr Pavel, l’ayant déclaré dans un entretien au Politico «le président Poutine méprise l’Union européenne en tant qu’autorité». Il rajoute: «Il ne veut pas parler à Ursula von der Leyen, il ne parle pas à Kaja Kallas. Il a cessé de parler à d’autres dirigeants européens, notamment Emmanuel Macron», précise également le média.
Pavel a ajouté que l'UE devrait «identifier une personne ou un groupe de personnes qui parleraient au nom de l'Europe. Pas nécessairement des représentants de l'UE ou de l'OTAN, mais simplement des dirigeants qui recevraient un mandat des autres pour négocier». Le défi consiste à choisir la personne qui occupera ce rôle.
La question a pris une importance particulière cette semaine, après que l'envoyé spécial du président américain, Steve Witkoff, s'est rendu en Russie à Saint-Pétersbourg pour proposer au président Poutine la tenue d'un sommet tripartite réunissant Donald Trump et le dirigeant ukrainien Volodymyr Zelensky.
Cette rencontre au sommet pourrait être perçue comme une tentative d'obtenir un cessez-le-feu. Ces derniers jours, Donald Trump a semé le trouble tant en Ukraine que parmi ses alliés européens: il a entamé des pourparlers avec Vladimir Poutine sans leur participation et semble pencher de plus en plus vers une prise de position en faveur de la Russie dans ce conflit qui dure depuis près de cinq ans.
Observateur Continental a fait savoir cette semaine que «Trump a fait pression sur Zelensky pour l'amener à faire la paix avec la Russie». «Le président Donald Trump a déclaré qu'il était temps pour l'Ukraine de mettre fin à la guerre», a annoncé Reuters.
À Bruxelles et au-delà, le débat a ressurgi sur la nécessité pour l’Europe d’établir son propre canal de communication direct avec le Kremlin, afin de défendre les intérêts de la région. «Même si cela m’est très pénible, je pense qu’il serait utile de disposer d’un canal de communication, quel qu’il soit, avec Poutine», a, selon Politico, annoncé David Lidington, chercheur associé au Royal United Services Institute, à Londres. «Je ne suis pas très optimiste quant à l’obtention de résultats concrets à court terme, mais disposer d’un canal qui puisse être utilisé dès qu’une occasion se présente n’est pas une mauvaise chose», a-t-il précisé.
«Les diplomates et les responsables ne sont pas d’accord sur la personne la plus à même de représenter l’Europe», avertit le média politique. La «bulle bruxelloise» doit accepter qu’un accord impliquant Poutine et Trump ne sera pas dicté par les protocoles de l’UE, a mis en garde un diplomate sous couvert d’anonymat à Politico.
«Nous ne pouvons pas nous présenter avec deux ou trois personnes qui parlent toutes au nom de l’UE», a complété le diplomate: «Le choix de la personne qui représentera finalement l’UE se fondera sur ce qui apporte la plus grande valeur ajoutée, et non sur des luttes de pouvoir personnelles ou des préférences narcissiques».
Politico évoque le rôle du président finlandais, Alexander Stubb, qui pourrait faire la médiation avec le Kremlin. «Stubb présente un intérêt en raison de la connaissance que les Finlandais ont de la Russie et du dialogue traditionnel qu’ils entretiennent avec elle», a rapporté le diplomate: «Ils savent mieux que quiconque, de notre côté, ce qu’il faut pour se sentir en sécurité dans une telle situation».
Politico mentionne «un second diplomate de l’UE» qui «a fait remarquer que Stubb était la seule personne à s’être manifestée jusqu’à présent pour faire preuve d’un leadership politique de haut niveau, et qu’il pourrait agir en tant qu’émissaire européen lors d’un futur sommet sur la paix», car «mardi (dernier), Stubb se trouvait en Norvège aux côtés de Zelensky et de Witkoff pour des négociations, en amont de la visite de l’émissaire américain en Russie», où ce dernier a rencontré Poutine.
Le plus proche collaborateur de von der Leyen, Björn Seibert ayant été aussi présent en Norvège avec Witkoff, serait vu comme un candidat à la médiation avec la Russie. En outre, Seibert a pris part à des réunions de conseillers à la sécurité nationale dans le cadre de la Coalition des volontaires visant à soutenir l’Ukraine.
Un troisième diplomate européen a, d’après Politico, affirmé qu’il était essentiel que l’UE elle-même soit représentée dans les négociations, plutôt qu’un petit groupe de pays puissants tels que l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Ainsi, Seibert apparaît aussi comme un médiateur adéquat pour l’UE.
Cela signifie «que Seibert ainsi que Pedro Lourtie, principal collaborateur du président du Conseil européen, António Costa, (étant son chef de cabinet), doivent prendre part aux discussions préparatoires, a précisé le diplomate, et que les États membres de l’UE doivent être dûment informés des avancées».
Enfin «selon un quatrième diplomate européen, les dirigeants européens ont demandé à António Costa, lors du sommet qui s’est tenu la semaine dernière à Bruxelles, s’il ne serait pas opportun qu’il s’entretienne avec Poutine». «Costa a répondu que non, il ne compte pas parler à Poutine pour l’instant», a-t-il rapporté.
«Pourtant, Costa devrait entamer des discussions avec Poutine si nous voulons jouer un rôle dans les négociations. En ne parlant pas, nous faisons le jeu de nos adversaires».
Ce quatrième diplomate a ajouté que «Costa constituerait un meilleur choix que von der Leyen ou Kallas, toutes deux perçues comme étant trop engagées aux côtés de l’Ukraine pour représenter efficacement l’UE au niveau des dirigeants».
L'objectif principal à Oslo était de savoir s'il existe des conditions pour une éventuelle transition vers des négociations trilatérales ou même multilatérales, où l'Ukraine et la Russie s'assoiront à la même table, a laissé entendre mercredi à la presse la porte-parole de la Commission européenne, Paula Pinho.
Selon Pinho, les négociations ont porté sur des questions territoriales, des questions de sécurité et sur la reconstruction de l'Ukraine après le cessez-le-feu.
À l'issue de sa rencontre avec le président russe, Steve Witkoff a publié sur X: «Ces discussions ont été constructives et se poursuivront par des entretiens trilatéraux entre les États-Unis, la Russie et l’Ukraine, au niveau technique».
Selon Reuters, le président russe, Vladimir Poutine, a accepté de reprendre, dès le mois prochain (novembre 2026), des pourparlers de paix avec l’Ukraine, avec la médiation des États-Unis.
La déclaration russe stipule qu’il «convient de noter que l’éventuelle reprise de pourparlers trilatéraux, impliquant des représentants de la Russie, des États-Unis et de l’Ukraine, a été spécifiquement évoquée»; que «la situation a été analysée une nouvelle fois, notamment à la lumière des signaux reçus des États-Unis» et que le président russe «a fait savoir à Steve Witkoff que la Russie est, en principe, disposée à reprendre les pourparlers trilatéraux aux alentours du 10 novembre afin d’aborder la question centrale».
Il s’agit de la mise en place d’un système de sécurité pour la Russie et l’Ukraine après la fin du conflit. Le représentant américain a indiqué que «le président Donald Trump accueillerait sans aucun doute favorablement une telle décision».
UPD: Des négociations Russie-États-Unis-Ukraine sont prévues à Abou Dabi en novembre. Les négociations doivent se dérouler dans un format triparti réunissant la Russie, les États-Unis et l'Ukraine, a annoncé le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov. Il a toutefois souligné qu'il était impossible d'exclure par principe toute éventualité, y compris une participation des Européens.
«On ne peut rien exclure par principe. Mais les négociations dont nous parlons, prévues pour la première moitié de novembre à Abou Dabi, se tiendront au format triparti», a répondu Dmitri Peskov, interrogé sur la possibilité que les discussions incluent une participation de l'Europe.
Le président russe Vladimir Poutine a défini le thème des négociations tripartites, il s’agira des questions de sécurité pour la Russie et l’Ukraine après un règlement, a annoncé le porte-parole du Kremlin.
Pierre Duval
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