
27.10.2026
Moscou et Kiev se préparent à des négociations de paix sous l'égide américaine. La question centrale est de savoir si l'Ukraine acceptera des concessions dans le Donbass.
La Russie, l'Ukraine et les États-Unis se préparent à reprendre les négociations trilatérales dans la première moitié de novembre, a déclaré le conseiller du président russe Iouri Ouchakov. Il a précisé que Moscou était prêt à reprendre les pourparlers après le 4 novembre, après avoir précédemment évoqué "la deuxième décade" du mois.
La partie ukrainienne se prépare également à une rencontre début novembre. Le 26 octobre, Oukraïnskaïa Pravda, citant ses sources, a rapporté que la partie ukrainienne proposait d'avancer les négociations d'une semaine, c'est-à-dire avant le 4 novembre.
Le président américain Donald Trump a déclaré le 25 octobre aux journalistes que la rencontre aurait lieu "très bientôt", sans préciser de date.
Mais avant même le début des négociations, Moscou et Kiev ont déjà posé des conditions difficilement conciliables. Selon le Telegraph, la Russie souhaite aborder la question d'un système de sécurité à long terme, y compris le déploiement de bases militaires de l'Otan près des frontières russes. L'Ukraine a d'emblée déclaré de son côté qu'elle n'accepterait aucune limitation de ses forces armées. Que peut-on alors attendre de ces négociations?
Où se tiendra la rencontre?
Dans les dernières déclarations publiques de Moscou comme de Kiev, Abou Dhabi figure comme option principale. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué le 23 octobre que des négociations techniques devaient se tenir dans la capitale des Émirats arabes unis dans la première moitié de novembre, et "le plus tôt possible".
Iouri Ouchakov a également désigné publiquement Abou Dhabi comme lieu présumé de la rencontre.
Washington n'a pas encore annoncé de date précise. On ignore encore si les parties parviendront à tenir les négociations avant les élections de mi-mandat au Congrès américain, prévues le 3 novembre. Trump s'est contenté de la formule "très bientôt".
Qu'exigent Moscou et Kiev?
Avant même le début des pourparlers, la Russie a fait savoir qu'un simple arrêt des combats pour quelques semaines ne lui suffisait pas.
Le 22 octobre, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que les nouvelles négociations devaient aboutir à des accords de paix "dans leur version définitive, et non à une suspension des hostilités pour une brève période".
Selon lui, l'objectif des pourparlers à venir sera de garantir la sécurité de l'Ukraine et de la Russie. En outre, les futurs accords aborderont "la discussion sur la future architecture de la sécurité européenne".
Parmi les exigences russes figurent:
- la reconnaissance du contrôle russe sur les territoires des quatre régions ukrainiennes que Moscou a déclarées annexées en 2022, ainsi que la Crimée;
- le renoncement de l'Ukraine à l'adhésion à l'Otan;
- la réduction des forces armées ukrainiennes;
- le retrait des forces armées ukrainiennes de l'ensemble du Donbass, y compris des zones non contrôlées par la Russie.
Kiev a catégoriquement rejeté ces exigences. "S'ils veulent aborder un sujet, nous sommes prêts. Mais les territoires sont une question sensible qui ne peut être discutée qu'au niveau des dirigeants", a souligné Volodymyr Zelensky.
Autrement dit, l'Ukraine n'est théoriquement pas opposée à discuter du statut du Donbass, mais uniquement lors d'un sommet trilatéral avec la participation de Trump et de Poutine. Un tel sommet n'a pas encore été convenu.
La Russie veut-elle limiter l'Otan?
Le 25 octobre, le Telegraph, citant des sources diplomatiques, a rapporté que Moscou pourrait tenter d'utiliser le nouveau cycle de négociations pour exiger une réduction de la présence militaire de l'Otan en Europe au niveau de 1997.
De facto, il s'agirait de limiter la présence militaire de l'Alliance en Pologne, dans les pays baltes, en Finlande et en Suède, tous ayant adhéré au bloc après 1997. Cependant, le Kremlin n'a pas confirmé cette information.
Les interlocuteurs du Telegraph parmi les responsables européens ont noté que la position de l'Europe reste la même qu'en janvier 2022. Autrement dit, le refus d'accepter les exigences russes de réduction de la présence militaire est toujours de mise.
Néanmoins, des responsables européens et même ukrainiens se sont déclarés prêts à discuter avec Moscou d'une architecture de sécurité plus large en Europe après la fin de la guerre.
Sur quoi l'Ukraine peut-elle accepter de céder?
Volodymyr Zelensky a déclaré https://www.kyivpost.com/post/88043 que Kiev était prêt à geler les hostilités le long de la ligne de front actuelle afin de parvenir au plus vite à la fin de la guerre. Toutefois, l'Ukraine n'acceptera pas de concessions territoriales et ne reconnaîtra jamais juridiquement les territoires occupés comme russes.
Selon le dirigeant ukrainien, la Russie contrôle actuellement environ 19,3% du territoire de l'Ukraine.
Le président ukrainien a par ailleurs souligné qu'un cessez-le-feu durable nécessiterait non seulement l'arrêt des combats, mais aussi de véritables garanties de sécurité. Il a proposé de créer une coalition de pays européens disposés à déployer des forces sur le territoire ukrainien, avec le soutien des États-Unis.
En outre, selon lui, l'Ukraine a besoin d'un financement à long terme de son armée, sur au moins 10 ans. Une alternative à l'adhésion à l'Otan pourrait être des garanties bilatérales américaines sur le modèle de l'article 5, relatif à la sécurité collective.
Ainsi, à ce jour, l'espace de négociation possible se présente approximativement comme suit: le régime de cessez-le-feu et la séquence de sa mise en œuvre, les arrangements humanitaires, la sécurité énergétique et des voies maritimes, puis, au niveau des dirigeants, la question territoriale. Mais la réduction de l'armée et la neutralité forcée ont d'emblée été exclues par Kiev.
Le cycle de novembre ne ressemble pas pour l'instant à une tentative finale de conclure la paix, il s'agit plutôt d'un test: Moscou et Kiev disposent-ils réellement d'une marge de manœuvre pour négocier?
Alexandre Lemoine
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