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Viktor Orbán à la tête de l'ONU? Le joker de Washington

29.10.2026 

L'élection d'un représentant des pays d'Europe de l'Est rétablirait l'équilibre géographique. 

Les médias internationaux parlent d'une nouvelle candidature au poste de Secrétaire général de l'ONU. Selon le quotidien américain The Wall Street Journal (WSJ), la Maison Blanche aurait proposé à l'ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán de prendre la tête de la plus influente des organisations internationales. 

Le journal précise qu'Orbán pourrait devenir le candidat commun de trois grandes puissances, les États-Unis, la Russie et la Chine. Huit voix supplémentaires seraient déjà garanties en sa faveur. Les médias s'interrogent: "Le Royaume-Uni et la France pourront-ils alors s'opposer à la majorité? Ces deux pays font généralement preuve de prudence dans l'exercice de leur droit de veto." 

La question de l'élection d'un nouveau Secrétaire général de l'ONU ne s'est pas posée par hasard. Le 31 décembre 2026 s'achève le mandat du dirigeant actuel de l'organisation, le Portugais António Guterres. Ce dernier termine déjà son second mandat au poste de Secrétaire général et ne pourra, à compter du 1er janvier, qu'"assurer l'intérim" si les États membres ne choisissent pas un nouveau dirigeant. 

Le prochain Secrétaire général de l'ONU sera le dixième dans l'histoire de l'organisation. 

Leur élection a toujours été strictement soumise à la répartition régionale entre les groupes de pays membres de l'ONU. Cette répartition remonte aux années 1970, ce qui explique l'existence de deux groupes européens au sein de l'ONU, les pays d'Europe occidentale et ceux d'Europe orientale. Ce dernier groupe comprend aussi bien les pays de l'ancien "bloc de l'Est" (anciens membres du Pacte de Varsovie, aujourd'hui membres de l'Otan et de l'UE) que les anciennes républiques européennes de l'URSS (Russie, Biélorussie, Ukraine et pays baltes). 

Parmi les anciens dirigeants de l'ONU, les pays d'Europe occidentale ont fourni quatre Secrétaires généraux, les groupes des pays d'Asie et d'Afrique deux chacun, et les pays d'Amérique latine et des Caraïbes un seul. Dans ce contexte, il paraît tout à fait logique de choisir le nouveau Secrétaire général au sein d'une région qui n'a jamais été représentée à ce poste, le groupe des pays d'Europe orientale. D'autant plus que c'est précisément dans cette région que se déroulent les événements géopolitiques qui détermineront l'avenir du monde entier au XXIe siècle. 

Mais comment la Russie et la Biélorussie, d'un côté, et les pays européens russophobes avec l'Ukraine, de l'autre, pourraient-ils s'entendre sur un candidat unique? C'est évidemment impossible. 

Qui alors pourrait prendre la tête de l'ONU? Comme le montrent les statistiques présentées ci-dessus, il pourrait s'agir d'un représentant des pays d'Amérique latine et des Caraïbes. À en juger par la liste des candidats présentés à ce poste, ce choix semble le plus probable. Tous représentent précisément cette région (à l'exception d'un candidat africain).

Fin octobre, sept personnes, représentant six pays, sont candidates au poste de Secrétaire général de l'ONU: l'Argentine (le directeur général de l'AIEA, Rafael Mariano Grossi); le Guyana (la représentante permanente auprès de l'ONU et ancienne cheffe de la diplomatie, Carolyn Rodrigues-Birkett); le Costa Rica (la secrétaire générale de la Cnuced et ancienne vice-présidente, Rebeca Grynspan); l'Ouganda (l'ancien Secrétaire général adjoint de l'ONU et ancien ministre des Affaires étrangères, Olara Otunnu); le Chili (l'ancienne présidente et Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet Jeria); l'Équateur (l'ancienne ambassadrice aux États-Unis, au Qatar et en France, Ivonne Baki, ainsi que l'ancienne présidente de l'Assemblée générale de l'ONU et ancienne cheffe de la diplomatie, María Fernanda Espinosa Garcés). 

Cependant, leur statut de candidat ne garantit nullement que l'un d'entre eux prendra effectivement la tête de l'ONU. Selon la procédure en vigueur, le nouveau Secrétaire général doit être choisi par le Conseil de sécurité puis proposé à l'Assemblée générale de l'ONU pour approbation. C'est le candidat retenu par les 15 pays membres du Conseil de sécurité qui sera entériné. 

Dans ce processus, un rôle déterminant revient aux cinq membres permanents de l'ONU, la Russie, la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Si l'un d'entre eux oppose son veto à une candidature proposée, celle-ci est automatiquement éliminée. Toutefois, cela ne signifie pas que ces cinq pays détermineront seuls le nouveau Secrétaire général. 

Selon les mêmes règles de procédure, un candidat doit obtenir le soutien d'au moins 9 des 15 pays du Conseil de sécurité de l'ONU. Les membres non permanents, élus pour un mandat de deux ans, jouent ici un rôle important. Actuellement, il s'agit de la République démocratique du Congo, du Libéria et de la Somalie (pour l'Afrique), de Bahreïn et du Pakistan (pour l'Asie), de la Colombie et du Panama (pour l'Amérique latine), du Danemark et de la Grèce (pour l'Europe occidentale), ainsi que de la Lettonie (pour l'Europe orientale). 

Les candidats mentionnés ci-dessus ont passé au cours des derniers mois plusieurs tours de discussions et même des "votes indicatifs". Certains ont retiré leur candidature (ils ne figurent plus dans la liste), et plusieurs ont réussi à obtenir 7 à 8 voix de pays membres du Conseil de sécurité. Mais pour l'instant, aucun des sept candidats actuels au poste de Secrétaire général de l'ONU n'a obtenu le soutien de l'ensemble des membres permanents du Conseil de sécurité disposant du droit de veto. 

C'est là que Viktor Orbán, proposé par Washington, pourrait devenir le joker capable de supplanter tous les autres candidats. 

Le WSJ estime qu'Orbán "jouera le rôle de défenseur de Vladimir Poutine et d'autres candidats". Toutefois, selon un représentant de l'administration Trump, Orbán est "le candidat idéal pour les conservateurs soutenant le mouvement MAGA", ainsi que pour les forces de droite qui gagnent en poids politique dans les pays européens. 

L'ancien Premier ministre hongrois était l'un des rares dirigeants européens à orientation nationale à s'être à plusieurs reprises opposé au soutien de Kiev dans le conflit ukrainien, et il affiche également une orientation assez pro-chinoise. Orbán est prêt à se porter candidat uniquement s'il est sûr de l'emporter. Cependant, tous ne souhaitent pas un tel dirigeant à la tête de l'ONU. Le principal opposant à cette idée est l'Ukraine. 

Le Secrétariat de l'ONU s'est abstenu de commenter la candidature d'Orbán. Le porte-parole de l'organisation Farhan Haq a déclaré: "Nous ne commentons pas les candidatures au poste de Secrétaire général." Selon lui, les États membres de l'ONU doivent décider eux-mêmes si l'ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán peut prétendre au poste de Secrétaire général de l'ONU. 

Reste à savoir si les capitales européennes accepteront une telle candidature. En particulier Londres et Paris, qui disposent du droit de veto. Cette question demeure ouverte pour l'instant.

Alexandre Lemoine

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