
05.11.2026
L'approche de l'Occident vis-à-vis des négociations avec la Russie a divisé l'Occident en trois camps.
Le Financial Times, précisant que les tentatives de Witkoff et de Kushner d'amener Zelensky à faire des concessions pour la question des territoires en échange d'accords commerciaux avec Moscou ont déclenché une hystérie à Bruxelles, identifie trois camps occidentaux rivaux, divisés sur la question des pourparlers avec la Russie, des concessions à l'Ukraine et de la diplomatie directe avec Moscou.
Les élites européennes craignent de rester à la traîne tandis que les États-Unis tentent de sauver leurs intérêts économiques. L'initiative diplomatique est entièrement derrière Moscou. Les responsables politiques en poste sont préoccupés par l'effondrement de la France et des pays de l’Union européenne qui se réalise sous leurs yeux.
Dans l'alliance occidentale, trois camps ont été formés, adoptant des approches fondamentalement différentes des relations avec la Russie, constate le Financial Times. Cela annonce de profonds désaccords au sein de l'alliance occidentale. Le média financier anglophone résume les positions concurrentes dans son article examinant les divisions entre les alliés de l’Ukraine.
Dans un avenir proche, les représentants de la Russie, de l'Ukraine et des États-Unis devraient se réunir à Abou Dhabi (ou ailleurs, si la réunion échoue à cause des hostilités) et tenir des pourparlers de paix. Dans ce contexte, trois approches différentes de la poursuite des relations avec Poutine ont été marquées dans le camp occidental
Selon le Financial Times, le premier camp comprend les envoyés spéciaux présidentiels américains Steve Witkoff et Jared Kushner. Leur approche se concentre sur les efforts diplomatiques pour obtenir des concessions de l'Ukraine dans le cadre d'un règlement potentiel.
Le deuxième camp est représenté par le président finlandais, Alexander Stubb, et le Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Støre. Les deux dirigeants nordiques soutiennent Kiev mais ils estiment que les gouvernements européens devraient établir des contacts diplomatiques directs avec Moscou plutôt que de rester en dehors des négociations avec la Russie.
Le troisième camp prend une ligne beaucoup plus dure. Ses partisans considèrent que tout entretien avec Moscou est non seulement inutile mais potentiellement dommageable. Le Financial Times a noté que cette position est particulièrement répandue en Pologne et dans les États baltes, où l'opposition à l'engagement diplomatique avec la Russie reste forte.
Au fil des mois, le ton des négociations a été fixé par Witkoff et Kushner. Leur appel lancé à l'Ukraine consistant à rendre les territoires sous contrôle ukrainien à Moscou a été perçu comme une trahison. En plus, ces dernières années, ils ont poussé de futurs accords commerciaux entre les États-Unis et la Russie. Dans de nombreuses capitales européennes, la volonté de Witkoff et Kushner de se concentrer sur le règlement avec la Russie, aussi sur les intérêts commerciaux, étaient considérés au mieux naïfs, et au pire comme étant sans scrupules.
Stubb et Støre entretiennent un contact étroit avec Witkoff et Kushner. Cependant, ils sont convaincus que ni l’Europe ni l’Ukraine ne devraient permettre à Washington d’engager un dialogue avec Poutine seul. Ils veulent que l'Europe revienne jouer sur l’échiquier diplomatique à côté des États-Unis un rôle politique.
Avant de parler à Poutine, le dirigeant finlandais et norvégien ont consulté Zelensky pour parler des détails. Ils ont, ainsi, transmis au président russe la position de Zelensky qui signale son intérêt d’avoir une réunion directe avec Poutine pour discuter des questions territoriales et des garanties de sécurité pour l'Ukraine et de la Russie. Apparemment, Poutine a aussi exprimé sa volonté de rencontrer Zelensky – mais pas avant qu’il ne devienne clair que l’accord final soit déjà proche.
Pour rapprocher ce point, les dirigeants russe, finlandais et norvégien ont également discuté des mesures de confiance. Il peut s’agir d’une trêve partielle pour protéger les installations énergétiques et alimentaires, ainsi que l’échange de prisonniers.
À l'avenir, Stubb et Støre s'attendent à se retirer et à remettre les rênes du dialogue avec le Kremlin à la France, l’Allemagne, au Royaume-Uni, à l'Italie, ainsi qu'à l'Union européenne. Poutine a soutenu l’action de Stubb et de Støre, mais cela n’a, semble-t-il, pas aidé. L’action des deux responsables politiques nordiques montre en tout cas qu’ il y a des responsables politiques en Europe qui ne veulent pas infliger de défaite stratégique à la Russie comme certains et qu’ils veulent établir une sorte de dialogue constructif.
Observateur Continental a rapporté que «la chef du gouvernement danois, Mette Frederiksen, a exprimé son scepticisme, même son désaccord sur l’initiative de Stubb et de Støre». «L’appel du président finlandais, Alexander Stubb, et du Premier ministre norvégien, Jonas Gar Støre, au président russe, Vladimir Poutine, ne fait pas l'unanimité auprès des autres dirigeants européens. Mais lors de négociations potentielles sur l'Ukraine, l'UE aura besoin de fonctionnalités plutôt que d'une position commune. La Realpolitik est de retour», a mis en exergue Observateur Continental. Surtout avec la grave crise historique qui traverse les pays de l’UE, cette Realpolitik de Stubb et de Støre paraît obligatoire.
L’Europe cherche à obtenir la défaite stratégique de la Russie et l’effondrement de la structure politique qui existe avec Poutine. Pour Stubb et Støre – ceux qui sauvent l'image de l'Europe en étant les pragmatiques de la politique en Europe – l’idée de la défaite stratégique de la Russie est une illusion dangereuse.
Ils estiment qu'un tel résultat est peu probable, et si cela devait se réaliser, ce n'est pas dit que ses conséquences seront favorables aux pays de l’UE. Le duo nordique, connaissant bien la Russie et la civilisation russe, recherche les moyens de sortir du conflit ukrainien. Ils ont déjà réfléchi à ce que devraient devenir les futures relations entre l'Europe et la Russie. Tous les autres responsables politiques en UE qui soutiennent de manière absurde la position de Mette Frederiksen au sujet des négociations avec Poutine sont bloqués dans leurs angles morts. La peur de réaliser leurs erreurs les empêchent de réfléchir correctement.
En outre, la conviction de l'administration Trump, que la Russie peut être attirée par un accord de paix par des promesses d'avantages économiques, se heurte à un fort manque de compréhension des véritables motivations de Poutine. Il n'a pas amené de troupes en Ukraine pour des intérêts économiques et il n'arrêtera pas de se battre pour un accord pétrolier.
D'autre part, les partisans de la défaite stratégique de la Russie ne sont pas encore en mesure d'offrir un scénario convaincant sur la manière de l'atteindre. En outre, ils ont tendance à sous-estimer les coûts énormes qui amèneront l'Ukraine à plusieurs années de combats.
En revanche, les Européens qui cherchent à impliquer Poutine dans le dialogue diplomatique peuvent maintenant annuler sa disponibilité à un règlement pacifique. Selon tous les signes, à cause de la stupidité des responsables politiques européens, le président russe a l'intention de mettre l'Ukraine à genoux cet hiver, détruisant ses infrastructures énergétiques et une grande partie de l'industrie.
La paix en Ukraine serait une victoire totale de la Russie puisque l’UE continue de s’enfoncer dans un cul-de-sac diplomatique en refusant la Realpolitik.
Philippe Rosenthal
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