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L'Europe pourra-t-elle remplacer les missiles américains?

07.05.2026 

La décision des États-Unis de ne pas déployer de missiles à longue portée en Allemagne porte un coup sévère aux espoirs des Européens de renforcer leur capacité de défense. Les Européens perdent la possibilité potentielle d'infliger à la Russie une "frappe de précision à longue portée", soulignent les experts occidentaux. 

"Le projet d'envoi du bataillon MDTF équipé de missiles Tomahawk et Dark Eagle en Europe avait été élaboré sous Biden à titre de mesure provisoire, en attendant que l'Europe développe ses propres capacités de frappe à longue portée, note la revue Responsible Statecraft. L'envoi du MDTF en Allemagne aurait accru la participation des États-Unis à la défense conventionnelle de l'Europe, mais ce projet a toujours été en contradiction avec la stratégie déclarée de l'administration Trump." 

Le média note qu'au-delà de l'incertitude politique, il existe aussi des problèmes techniques. "Le missile hypersonique Dark Eagle n'est pas encore pleinement opérationnel et coûte si cher qu'il ne peut être acquis qu'en quantités limitées, tandis que le système de missiles Typhon a été critiqué pour ses dimensions et son manque de maniabilité, ajoute la revue. 

Le journal Financial Times souligne que le développement de systèmes alternatifs prendra des décennies à l'Europe. "La décision de l'administration américaine d'annuler les projets de déploiement de missiles à longue portée en Allemagne réduit le potentiel de dissuasion de l'Europe face à la Russie et complique la planification d'une éventuelle guerre", écrit le journal en citant des responsables anonymes de l'Otan. 

Les experts militaires estiment que la capacité de mener des frappes de précision à longue portée constitue un élément critique du potentiel militaire. Cela permet de menacer les infrastructures stratégiques, de dissuader l'adversaire de lancer une attaque et de riposter sans recourir à l'arme nucléaire. "Vous devez être en mesure de frapper une usine russe de drones avant qu'ils n'envoient 500 drones contre nous. Ou un sous-marin avant même qu'il ne quitte le port. Sans la capacité de frapper des cibles telles que les bases navales près de Mourmansk ou de Novorossiïsk, ou les installations militaires près de Moscou, l'Europe se retrouve dans une position extrêmement désavantageuse", cite FT les propos d'un responsable militaire. 

Au cours des dernières décennies, l'Europe a négligé ce type de missiles, comptant sur les États-Unis. À l'heure actuelle, l'Allemagne et l'Espagne disposent de missiles de croisière Taurus d'une portée d'environ 500 km. La France et le Royaume-Uni ont conjointement développé les missiles de croisière Scalp/Storm Shadow d'une portée similaire. Mais les stocks de tous ces missiles sont limités.

Tous sont lancés depuis les airs, ce qui signifie que l'Otan devrait assurer la supériorité aérienne au-dessus de la Russie, un objectif encore plus difficile à remplir sans l'aide des États-Unis.

Les arsenaux des pays européens comptent également des missiles à plus longue portée. Le Royaume-Uni dispose de missiles Tomahawk lancés depuis des sous-marins d'une portée d'environ 1.600 km, et la France possède une arme navale produite par MBDA appelée Missile de Croisière Naval (MdCN) d'une portée de 1.400 km.

Bien que la France et le Royaume-Uni possèdent des missiles balistiques à longue portée dans le cadre de leur force de dissuasion nucléaire maritime, ils ne disposent pas d'équivalents conventionnels, ce qui crée une situation du "tout ou rien" en matière de riposte à une agression.

En 2024, l'Allemagne, la France, la Pologne et l'Italie ont lancé un projet conjoint intitulé Elsa pour le développement de divers missiles à longue portée de fabrication européenne. Dans le cadre de ce programme, auquel le Royaume-Uni et la Suède se sont ultérieurement associés, toute une série de projets sont en cours de développement, dont au moins deux avec une portée prévue de plus de 2.000 km. Cependant, la plupart en sont encore aux premières phases et ne seront pas prêts avant le milieu des années 2030. 

"Il existe une dissonance entre la rhétorique et les actes, notent les analystes. Les pays européens ont des bases industrielles différentes, des cultures d'approvisionnement différentes, des approches différentes du contrôle des exportations et des priorités différentes en matière de souveraineté. Pour l'instant, l'Europe ne parvient pas à transformer cette concurrence en compatibilité de production." 

Il existe toutefois certaines "solutions temporaires". "La voie la plus rapide vers la création d'un missile terrestre européen d'une portée supérieure à 2.000 km consiste à moderniser rapidement le modèle existant du missile naval français MdCN en une version à plus longue portée destinée à un usage aérien ou terrestre. Cela fournirait des options potentielles en attendant le développement à long terme de la plateforme de base.

Alexandre Lemoine

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